L’hydrogène pour quel usage de mobilité ?

Les projets foisonnent et l’hydrogène semble présent sur tous les segments de mobilité : le ferroviaire, l’aéronautique, le maritime, le transport routier de marchandises, les transports de voyageur, la mobilité légère jusqu’aux vélos ! Ces segments font l’objet de nombreux développement y compris d’acteurs français (Alstom, Airbus, Stellantis, Renault, Gaussin…). Quant à la mobilité routière, l’offre de véhicules est encore anecdotique et conditionnée à la mise en place d’une solution d’avitaillement.

1. Les véhicules hydrogène, une offre encore anecdotique

Pour développer des projets en mobilité, les développeurs de stations de distribution ont nécessairement besoin d’engagement de consommateurs également pour diminuer le risque de surdimensionnement et les surcouts associés. Le marché européen et français ne semble pas être une priorité de tous les constructeurs dont certains privilégient l’Amérique du Nord ou encore l’Asie.

Trois véhicules légers de type berline sont commercialisées en France : la Nexo de HYUNDAI, la Mirai de TOYOTA, le modèle GLC F-Cell de MERCEDES affichant de 430 à 700 km d’autonomie. Comptez à minima 79000 € TTC. Renault commercialise 2 VUL : le Kangoo de chez Renault (48 300 € HT) et le Master jusqu’à 370 km d’autonomie, équipés de pile à combustible SYMBIO. Le segment des bus présente le plus large choix : 5 modèles pour 4 constructeurs (SAFRA (France), SOLARIS (Pologne), TOYOTA & Caetano, VAN HOOL). [PARENTHESE : l’AFHYPAC a publié un un « livre blanc » très complet sur les bus hydrogène y compris une approche TCO, coût de possession.] Trois constructeurs se positionnent sur les Bennes à Ordures Ménagères. Le segment des engins de manutention pour un usage en entrepôt logistique ou en site portuaire se développe également avec des offres sur le marché de Fenwick ou Still pour les chariots élévateurs ou encore de Gaussin pour les tracteurs de parc. Sur le segment des poids-lourds, la liste des constructeurs dans la course s’allonge mais fore est de constater qu’aujourd’hui, aucun poids-lourds hydrogène n’est commercialisé en France. Les véhicules hydrogène sont encore chers et le choix est limité.

« Le secteur des poids lourds est le dernier des secteurs touchant la mobilité à s’investir dans le domaine de la pile à combustible. Tous les autres – espace, véhicules légers, bus, bateaux, sousmarins, deux-roues, ferroviaire- ont amorcé leurs développements au rythme de la demande, il y a déjà plusieurs années. Ce nouvel axe d’application de la pile à combustible est apparu récemment du fait de la pression environnementale associée à la pollution générée par les poids lourds. Contrairement au domaine des véhicules légers, les applications « poids lourds » n’en sont aujourd’hui qu’au stade d’un début de commercialisation et devraient, au dire de leurs développeurs, connaitre un déploiement important dans un proche avenir. « AFHYPAC, juin 2020.

2. Positionnement de la solution Hydrogène carburant

AvantagesPoints de vigilance
Autonomie
Rapidité de la recharge (vs électrique)
Zéro émissions à l’échappement
Véhicules silencieux
Aides à l’achat
Durée de vie de la pile à combustible
Réseaux de station en émergence
Coût de l’approvisionnement
Coût à l’achat du véhicule (neuf ou retrofit)
Offre de véhicule : modèles peu nombreux

3. Le retrofit, la solution pour amorcer ?

Et si la solution passait par le retrofit : transformer la carburation d’un véhicule thermique afin de faire l’économie de l’achat d’un véhicule neuf, encore prohibitif. Il s’agit d’électrifier un véhicule avec une solution à batteries ou à pile à combustible (hydrogène). Cette solution est disponible dès aujourd’hui, elle s’adresse à tous types de véhicules. La Pile à Combustible et les réservoirs sont calibrés sur-mesure. La profession se structure ; il existe une association des acteurs du retrofit électrique, AIRE. Des garages se spécialisent comme e-Néo en Vendée.

4. Où faire le plein

La mise en place et le maintien d’un réseau d’infrastructures de recharge et d’avitaillement est un enjeu majeur pour le développement des carburants alternatifs. Le réseau de stations Hydrogène s’amorce en France. La Programmation Pluriannuelle de l’Energie table sur 100 stations à horizon 2023 et 400 à 100 stations à horizon 2028. Selon la PPE, le développement de stations de recharge hydrogène se poursuivra selon la logique dite des flottes captives, qui consiste à aider au déploiement de stations à proximité des acteurs qui font le choix de l’hydrogène. Ainsi, le plan de déploiement de l’hydrogène vise à déployer des écosystèmes territoriaux de mobilité hydrogène sur la base notamment de flottes de véhicules professionnels (PPE). Le site Vighy France propose une cartographie des stations et des projets. Les coûts observés sont variables d’une station à une autre, et sont actuellement pour les premiers déploiements en France de l’ordre de 8 à 14 €/kgH2 à la pompe. (source AFHYPAC, 2019). En Bretagne, la première station hydrogène bretonne sera mise en service en octobre 2021 sur le site de Michelin à Vannes portée par Morbihan Energies, Engie et Hygo. De nombreux autres projets sont en réflexion ; la Région Bretagne soutient le développement d’une dizaine de boucles locales de production – distribution d’hydrogène renouvelable. Des projets sont positionnés sur Brest, Quimper, les Côtes d’Armor, Lorient, Redon… BDI, Bretagne Développement Innovation tient à jour une carte des projets de production-distribution d’hydrogène renouvelable en Bretagne. Consultez la carte sur BDI.

L’hydrogène renouvelable constitue un vecteur d’avenir pour la transition énergétique de nos sociétés. La mobilité est un marché prometteur pour cette solution car elle constitue une solution à des verrous liés à la solution 100% électrique (batterie, temps de rechargement, autonomie, charge utile). Un bon nombre de solutions sont encore en phase de Recherche et Développement ou de démonstrateur ; toutefois, l’ensemble des acteurs accélèrent. Dans les prochains mois et années, les points de repères évoqués ici (coût à la pompe, coût à l’achat, modèles disponibles) devraient largement évoluer. La filière mobilité aura besoin de passer à l’industrialisation pour rendre plus accessible cette solution. Les sites de production devront s’appuyer localement sur d’autres usages notamment industriels.

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