Quel avenir pour les stations-services face aux nouvelles énergies ?

A Paris, la sortie du Diesel est programmée pour 2025. Quel avenir pour les stations-services face aux nouvelles énergies ? La question est posée par l’APUR, Atelier parisien d’urbanisme  [missions documenter, analyser et développer des stratégies prospectives concernant les évolutions urbaines et sociétales à Paris et dans la Métropole du Grand Paris].

L’APUR publie une étude « Vers un réseau de stations (de) services urbains. Etat des lieux et capacité d’évolution ». L’étude vise à éclairer le potentiel de mutation des stations-service vers les nouvelles énergies sur le périmètre de la Métropole du Grand Paris (MGP). La distribution d’énergie pour les véhicules va être profondément modifiée face aux nouvelles mobilités, à la pression foncière, aux nouvelles attentes des consommateurs et à l’évolution de la réglementation sur les moteurs thermiques en ville.

Au-delà des constats, l’étude propose une méthodologie pour approcher les capacités d’évolution des stations-services vers de nouvelles énergies. La méthodologie employée est intéressante car ce sujet est un enjeu d’aménagement territorial émergeant (enjeu foncier) qui était encore jusqu’à présent peu documenté et peu débattu dans sa globalité (vision multi-énergie).

Les constats

Les stations-services

La Métropole du Grand Paris compte près de 400 stations ouvertes au public occupant ainsi 60 hectares d’emprise foncière. En France, les stations-services seraient au nombre de 11 147. Le réseau national se rétracte fortement ; elles étaient 41 500 en 1980. L’étude propose une typologie de stations, classées sous 5 catégories :

  1. la station classique | 71 %
  2. la station en grande et moyenne surface (GMS) de forme classique | 11%
  3. la station en parking souterrain  | 2%
  4. la station sous immeuble  | 8%
  5. la pompe trottoir  | 8%

Les distributeurs

Les Groupes pétroliers (Total, Elan, Elf, Shell), des réseaux d’indépendants (Avia, BP, Esso), des indépendants isolés et les GMS (Carrefour, Auchan, Leclerc, Casino…). La maîtrise foncière des stations est un élément déterminant dans la perspective d’une mutation de ces espaces qui va fortement influencer les décisions d’orientations (cession d’actifs immobiliers, diversification de l’offre, …).

L’intégration

L’intégration de bornes électriques, de postes de distribution de GNV et de nouveaux services urbains représentent une opportunité.

Les énergies alternatives

La pénétration des énergies alternatives sur les stations existantes reste aujourd’hui marginale. 10 stations sur 402 sont équipées de bornes de recharge électrique.

Les services aujourd’hui proposés

  1. services en lien direct avec la distribution de carburant (ouverture le dimanche, CB 24h/24…)
  2. services rattachés à l’automobile : mécanique auto, garage (31% des stations parisiennes), stations de lavage (61%)
  3. services en lien avec les énergies domestiques : bouteilles de gaz, vente de fioul,
  4. services « boutiques » (65%) ou restauration.

3 principales alternatives

Aujourd’hui, il existe trois principales alternatives aux carburants essence et diesel : la motorisation électrique (par l’alimentation de batteries), le GNV et l’Hydrogène (par l’alimentation d’une pile à combustible). Ces différentes filières doivent jouer une vraie complémentarité ; elles répondent à des besoins, à des échéances et à des situations diversifiés.

  • Mobilité électrique : la recharge peut s’affranchir des traditionnelles stations-services et peu s’opérer dans la sphère privée (domicile, lieu de travail) ou sur l’espace public (bornes). | 7100 bornes de recharge accessibles au public dans la MGP
  • GNV (GNC et GNL) : la recharge nécessite une station d’avitaillement (à charge lente ou rapide) | 11 stations GNV ouvertes au public dans la MGP
  • Hydrogène: l’approvisionnement est réalisé en station-service | 4 stations accessibles au public dans le MGP

La mutation des stations

Grâce aux nouvelles énergies, à l’essor du numérique et des services, les stations ont l’opportunité de se réinventer. Le temps d’attente lié à la recharge de la voiture électrique ouvre la port à de nouveaux services clients. Les stratégies différent selon les exploitants. Certains développent des offres discount en automatisant intégralement les stations (Esso Express, Total Access). D’autres intègrent de nouvelles fonctionnalités, citons Euro Garages et les consignes automatiques Amazon.

Quelles sont les contraintes techniques d’accueil de nouvelles énergies sur les sites existants ? Pour l’électrique, pas de contraintes majeures en termes de cohabitation avec les autres énergies si ce n’est la puissance du réseau électrique (charges rapides). Pour le GNV et Hydrogène, les installations sont soumises à classement ICPE (règles d’implantation, distances de sécurité, implantation en extérieur), nécessité d’une proximité du réseau Gaz dans le cas du GNV.

L’APUR retient 3 critères pour étudier la capacité d’évolution d’une station :

  1. les contraintes réglementaires (régime ICPE, 17 m aux bâtiments, 5 m des pompes, 10m des limites de propriété),
  2. les caractéristiques spatiales,
  3. l’insertion ou non dans un périmètre de projet (ZAC, OAP…).

L’APUR estime à 350 m² la surface seuil à partir de laquelle une emprise peut accueillir du GNV/BioGNV ou de l’hydrogène. Cette surface permet d’accueillir l’ensemble des composants nécessaires à la distribution en respectant la réglementation en vigueur. dans les scenarii prospectifs, l’hydrogène nécessitent plus de foncier que le GNV (cf étude page 71).

En croisant ces critères, plus de la moitié des stations étudiées (222 sur 402 soit 55%) seraient susceptibles d’intégrer de nouvelles énergies. 19% ne peuvent pas accueillir de nouvelles énergies si ce n’est des bornes électriques.

A Paris, courant 2020, 2 stations prévoient de compléter les postes actuels de distribution d’hydrocarbures par des postes de distribution de GNV. Une station multi-énergie devrait voir le jour en 2022.

Les enjeux sont importants tant pour les collectivités (enjeu foncier et enjeu d’attractivité des nouvelles énergies) que pour les distributeurs « historiques » forcés de se repositionner (diversification, nouveaux services). Alors, à quoi vont ressembler nos bonnes vieilles stations-services ?

Article écrit en collaboration avec Breizh Bio GNV

Pour en savoir plus :

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, veuillez nous en informer en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée .