Industrie des mobilités : panser le présent, penser demain ?

La crise du Covid s’annonce plus terrible que la crise financière de 2008. Chacun est d’ores et pris entre deux injonctions parfois contradictoires.

Panser le présent

Les acteurs de l’automobile cherchent à tenir le choc. Arrêt puis réorganisation des productions, financement du trou de tréso…
L’exemple de VW est particulièrement instructif de l’état d’esprit des dirigeants. Sauvés par l’argent public en 2008, les industriels de l’auto ont vu non seulement ce sauvetage très contesté mais ont du accepter des contraintes réglementaires plus fortes. Les dirigeants politiques et les citoyens, compte tenu de l’engagement massif de ressources publiques, ont considéré qu’ils avaient plus encore un droit de regard (voire de véto) sur les actes et les projets des groupes industriels sauvés des affres de la crise financières.
Si VW compte financer seul les 2 milliards d’euros de cash brûlés chaque semaine en raison de l’arrêt brutal des ventes, c’est très certainement pour ne pas être la cible d’une opprobre populaire d’autant plus ‘prévisible’ à la suite du dieselgate (voire l’Adidas bashing montant en Allemagne). Mais c’est aussi une décision volontariste des dirigeants de VW pour garder une certaine autonomie à la sortie de la crise. Sans se désintéresser des besoins en respirateurs auxquels certains ateliers peuvent permettre de trouver des alternatives, les dirigeants des grands groupes auto craindraient-ils une contagion interventionniste qui suivraient l’exemple de l’intrusif Mr Trump?

Penser demain ?

On l’a vu l’un des premiers réflexes des industriels, au-delà des mesures d’amortisseur social mises en place par les pouvoirs publics, a été d’envisager un assouplissement des règlements européens.

C’est une mesure à court et moyen terme qui permettrait de détendre le modèle économique des industriels. L’autre mesure à court terme est de s’inspirer des ateliers chinois pour relancer la production aussi vite. Toutefois cette mesure repose sur la continuité de la supply chain.

Et elle pose la question de l’aval automobile. Produire c’est bien, vendre c’est mieux…
Or aucun distributeur n’est aujourd’hui en mesure d’assurer des ventes. Et qui seraient les clients dans un contexte d’une économie, sinon stoppée, très nettement ralentie ?

Des sociétés sans risques ?

Penser demain pour le industriels, c’est aussi envisager un monde post-crise. Un ‘nouvel ordre’ où le risque pandémique est évalué à sa juste hauteur. Pour les industriels cela nécessite sans doute de concevoir de nouveaux standards de production intégrant cette donne.

Par conséquent, cela pourrait-il accélérer la robotisation et la déshumanisation des ateliers ? Ou par un redéploiement des outils industriels pour permettre un raccourcissement des boucles d’approvisionnement et réduire la vulnérabilité d’une supply chain globalisée ?

Penser demain pour les industriels, c’est aussi envisager une société qui ne souhaitera pas un retour à la ‘normale’. La démonstration de la capacité à créer collectivement de la valeur en réduisant drastiquement nos mobilités pourrait inspirer de vastes réorganisation des activités.

De nouvelles pratiques de mobilités ?

Une massification du télétravail (partiel) permettrait par exemple de respecter les engagements internationaux en termes d’émissions de gaz à effet de serre.

Pour les acteurs des mobilités (et non plus les seuls constructeurs) cela signifierait une remise en cause profonde des perspectives de marché.
Ainsi s’esquisserait une baisse structurelle des déplacements, avec pour conséquence des baisses sensibles de chiffres d’affaires pour l’ensemble des acteurs.

Cette baisse interrogerait alors profondément la pertinence des architectures de l’aval automobile. Moins de kilomètres parcourus signifie moins de besoins de réparation-maintenance, moins de sinistres… Cela questionne aussi le design des services de transports collectifs (densité, fréquence…) et interpelle quant à leur viabilité.

Enfin, penser demain peut aussi être envisagé comme une préparation à la reprise, au rebond. Pour les économistes, le confinement empêche les acteurs économiques, ménages au premier plan, de consommer normalement. L’épargne gonflant (et doppée par l’anxiété) serait mobilisée massivement à la sortie du confinement, les ménages adoptant des comportements de rattrapage, analogues à une fin de conflit.

Ce scénario inquiète car ils présentent les ferments d’une hyperinflation. Il interroge quant aux attentes des ‘nouveaux’ consommateurs et la nécessité d’accélérer le déploiement d’une offre de véhicules moins émetteurs de GES et de micro-particules.

D’après le Blog Auto, le 28/03/2020, les perspectives de l’OCDE du 02/03/2020 et France Culture le 20/03/2020

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