[in]Out : Ce que nous avons retenu !

Les 28 et 29 mars 2019 se tenait le [in] de la deuxième édition de l’événement des nouvelles mobilités : inOut ! L’équipe Transitions & Mobilités de Créativ y était pour soutenir des projets présentés et participer aux échanges sur les différents pans des mobilités.

Voici une synthèse non exhaustive des ateliers et des conférences auxquel·le·s nous avons participé·e·s 🙂


Qui crée, définit et répartit la valeur des mobilités dans la ville numérique ?

Qui crée la valeur ?

La Ville est un produit de la co-fabrication inscrit dans le temps long, fruit d’hybridation d’initiatives publiques et privées. Toutefois, en Europe, la promesse de la ville servicielle promue par les acteurs du numérique se heurte à un certain nombre de limites. Physiques, notamment la disponibilité des infrastructures. Sociales, en raison de la précarité des jobbers, d’un rejet croissant d’un certain free-floating mal géré. Environnementales, impacts énergétiques des mégadonnées.

Qui définit la valeur ?

L’espace virtuel colonise la ville réelle. Jusqu’où laisser les GAFA et les nouveaux usages maîtriser l’espace public ? Ces nouveaux usages bousculent les collectivités dont l’appellation même AOT (Autorités Organisatrices du transport) apparaît dépassée. La Loi d’Orientation des Mobilités dite LOM en discussion au Parlement est attendue par les acteurs publics et privés comme une perspective de clarification du cadre réglementaire, du cadre de régulation. Reste aux acteurs à identifier l’échelle territoriale pertinente. Le déferlement des offres numérique oblige la Cité à s’interroger et à se positionner.

Qui partage la valeur ?

Cette question est aussi présentée comme une opposition entre le libertarisme des start-up vs l’intérêt général du Service Public. A la suite des premières expérimentations de véhicules autonomes en milieu urbain, de la massification de l’usage de certains outils numériques, les impacts du numérique sur le monde réel sont connus.

Une forme de courbe d’apprentissage pousse les acteurs du numérique à “moins de naïveté” ou tout du moins à rechercher des partenariats avec les acteurs publics pour anticiper et limiter les externalités négatives liées au déploiement de leurs services. Et ces acteurs publics adaptent leurs outils réglementaires et fiscaux pour ne pas se trouver dans une impasse dans laquelle ils seraient les seuls à supporter les coûts induits par le déploiement du numérique. Quel est le bénéfice collectif ?

L’exemple de la suggestion de parcours permet de comprendre la contradiction entre intérêt général et offre de valeurs individuelles : ces outils numériques, s’ils permettent aux individus de réduire leur exposition aux risques de congestion, posent questions quand les suggestions conduisent les automobiles à emprunter des voiries inadaptées à un tel trafic. Comment faire d’une offre de valeur individuelle, une offre de valeur collective ?

En conclusion

A condition qu’une gouvernance et une régulation claires soient mises en place, la création de valeurs est un horizon atteignable pour les mobilités numériques ou le numérique au service des mobilités.

Toutefois les conditions de massification du véhicule autonome ne semblent pas réunies, d’autant plus dans un contexte de primauté des enjeux environnementaux de la mobilité. Il est fort probable que la priorité soit donnée à l’investissement pour décarboner la mobilité et moins pour accroître l’autonomie des véhicules.

Une autonomie croissante des véhicules si elle porte des perspectives de meilleure sécurité routière interroge quant à la solvabilité du marché, quant à l’impact environnemental…

Véhicules autonomes intégrés au transport public

Le véhicule autonome est un enjeu fort pour la mobilité de demain. Cependant des modèles, aujourd’hui, s’opposent :

  • Faut-il développer le véhicule personnel autonome ou le transport collectif autonome ?
  • Faut-il viser prioritairement les zones denses ou les zones peu denses ?

Les scénarios de projection tendent à montrer que le fort développement des voitures autonomes en ville aurait tendance à surcharger la ville de voitures. Les pires scénarios imaginent même un taux de voyageurs par véhicules largement en-dessous de 1 avec des voitures zombies circulant en attendant la prochaine course car aucune place de parking n’est disponible.

A l’inverse, les scénarios s’attachant à la projection de l’usage des transports collectifs montrent des véhicules voyageant aussi presque à vide …

Les expérimentations actuelles sont très dépendantes du niveau de la technologie des véhicules autonomes. Elles sont donc sur des scénarios simples loin de représenter les usages de demain.

La vérité est sûrement entre tout cela ! Un mix bien dosé entre véhicules collectifs de petite taille, véhicules personnels autonomes, s’interconnectant ou se remplaçant suivant la zone desservie et l’heure de la journée.

Le transport de demain a donc surtout besoin d’agilité !

Cybersécurité et mobilité

Rien de nouveau à l’horizon : le véhicule connecté est plein de numérique et d’électronique donc il est piratable. La spécificité est peut-être que c’est un objet mouvant, difficilement débranchable donc des attaques basées sur des flottes de véhicules utilisés comme zombies seront plus difficiles à arrêter.

Autre point sensible, on pourrait croire que l’histoire derrière nous des systèmes d’informations piratés et des protections mis en place nous protège pour les véhicules. Toutefois, la cybersécurité n’est pas totalement prise en charge. Des lois sont dans les tuyaux pour obliger les constructeurs à sécuriser fortement leurs véhicules mais elles se basent sur les systèmes existants d’homologation. Or, les véhicules connectés et les véhicules autonomes peuvent être mis à jour à distance.

Dernier point sensible vu, la connexion à l’intérieur du véhicule des différents organes numériques : divertissements, contrôle du moteur, pilotage … sans parler des téléphones connectés au véhicule. Ceci multiplie les portes d’entrées pour pirater le véhicule.

Du travail reste à faire …

Acceptabilité des véhicules autonomes

Qu’est-ce qui fera que les véhicules autonomes seront facilement acceptés par la population ? Des tests sont en cours par plusieurs entreprises ou laboratoires dans le monde sur deux sujets :

  • Ergonomie intérieure des véhicules ;
  • Interaction avec son environnement.

La confiance que les utilisateurs ont dans l’utilisation d’un véhicule autonome est proportionnelle au niveau d’ergonomie, de confort  qu’ils ressentent. Ceci favorise aussi l’envie de l’utiliser.

Une des parts importante de l’ergonomie intérieure des véhicules est l’interface homme -machine, l’écran d’information. Des tests en simulateur ou en réalité virtuelle ont permis de valider deux hypothèses un peu contradictoires :

  • Informer l’utilisateur sur la détection d’éléments par le véhicules et sur les intentions du véhicule diminue le stress de l’utilisateur ;
  • Alerter l’utilisateur de la fin du mode autonome n’interpelle pas l’utilisateur qui a une surconfiance dans le véhicule. Il préfère finir sa tâche en cours avant de reprendre les commandes …

Dans l’interaction du véhicule autonome avec son environnement, un des acteurs majeur est le piéton. Le scénario d’usage est simple : une personne attend au passage piéton ; un véhicule autonome arrive ; le piéton traverse. Le test évoqué évalue la différence de comportement du piéton suivant la présence de signalisation ou non sur le véhicule :

  • Sans information particulière, malgré une distance de sécurité, le piéton hésite, donc le véhicule hésite, au final, le piéton traverse et le véhicule doit freiner.
  • Avec une projection sur le sol devant le véhicule d’une signalisation, le piéton ne fait pas de lien entre la signalisation et le véhicule.
  • Avec une signalisation sur le devant du véhicule, le piéton n’hésite pas, le véhicule ralentit simplement et le piéton traverse.

Le test montre aussi que la signalisation la plus efficace est celle déjà connue par le piéton. Dans le cas du test, un petit bonhomme vert comme sur les feux de signalisation.

La dernière question est celle de la sécurité. Comment être sûr que le véhicule autonome est plus sûr que la femme ou l’homme quand la probabilité d’incident dûe à un conducteur est proche de 4×10-8 par heure ? Pour le démontrer en pratique, il faudrait donc faire rouler un véhicule sur 25 millions de km ! Et comment le prouver théoriquement quand une boîte noire gère l’intelligence du véhicule ?

Alors peut-être qu’il sera illégal demain pour un humain de conduire une voiture, mais de grandes étapes restent à franchir.

Bertrand Piccard : Explorateur des nouvelles mobilités

Attention, attachez vos ceintures : conférence de haut-vol, vous êtes prévenu ! Bertrand Piccard a fait décoller l’assemblée pour son plus grand plaisir. The sky is the limit ? pour Bertrand Piccard, The fuel is the limit ! Et si le carburant est la limite, il faut faire sans carburant. CQFD !

Pour rappel, Bertrand Piccard est un aéronaute et aviateur passionné. Il relève des défis considérés comme impossibles : Il accomplit le premier tour du monde en ballon sans escale et a initié le projet d’avion solaire « Solar Impulse » avec lequel il a réalisé un tour du monde en 17 étapes sans une seule goutte de carburant. Il est aujourd’hui président de la fondation « Solar Impulse ».

Pour innover, il faut abandonner vos vieilles croyances, changer de paradigme, abandonner vos idées préconçues, capter d’autres influences, s’observer soi-même. Votre première réaction est due au conditionnement, alors, posez vous la question deux fois ! L’innovation est poussée,  elle devrait être tirée à partir d’un besoin, d’une nécessité.

A la question : A quoi rêvez-vous maintenant ? Quel sera votre prochain défi ? Bertrand Piccard se consacre à la diffusion de solutions concrètes, rentables et propres. Il a lancé un label « 1000 solutions » avec la fondation Solar Impulse, un portfolio de nouvelles technologies rentables, créatrices d’emplois et vertueuses à présenter aux États.

Aujourd’hui, 96 solutions sont labellisées.  “For the first time a label assesses the economic profitability of solutions that protect the environment.” Nous ne sommes jamais à l’abri d’un rêve, prévient-il.


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